Affiche officielle 2018 © Maquette: Flore Maquin - Photo : Pierrot le fou © Georges Pierre
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Cannes 2018 : Jonathan Broda passe au crible la Sélection officielle

Culture[s] - 16 avril 2018 - par Jonathan Broda

Impossible pour Jonathan Broda, notre Monsieur Cinéma, de ne pas prendre la plume pour nous parler en quelques lignes des films de la Sélection Officielle du 71e Festival de Cannes !

C’est donc, jeudi, vers midi, qu’est tombé le verdict : qui montera les marches cannoises entre le 8 et le 19 mai prochain, adoubé.e par l’opaque comité de sélection régenté par Thierry « Louis XIV » Frémaux, et qui attendra l’ascenseur dans les salles obscures pour gagner, à la seule faveur du public, les sommets du box office…

Dix-huit films sont donc, à ce jour, estampillés comme les « films de l’année à venir », avant que le roi TF, n’en rajoute quelques-uns (pour des raisons encore plus opaques), comme c’est de coutume depuis qu’il a remplacé Gilles Jacob dans le poste le plus envié du cinéma mondial, avant que Netflix ne vienne bousculer la toute-puissance cannoise…

Affiche officielle 2018 © Maquette: Flore Maquin - Photo : Pierrot le fou © Georges Pierre

Affiche officielle 2018 © Maquette: Flore Maquin – Photo : Pierrot le fou © Georges Pierre

Ces dix-huit films sont alléchants et, malgré l’ironie des deux paragraphes précédents, nous irons les voir avec délectation.

Un festival au féminin ?

Trois de ces films sont réalisés par des femmes. Dix-sept pour cent et quelques dixièmes, c’est peu, mais déjà beaucoup par rapport à des années où le roi Frémaux n’en sélectionnait aucune. Mais c’est vrai que nous sommes dans l’année Weinstein, l’année 0 de la revendication féminine et/ou féministe dans le cinéma mondial.

Tout de même, donc, merci Majesté d’avoir sélectionné l’excellente réalisatrice libanaise Nadine Labaki pour Capharnaüm, la non moins exaltante Italienne Alice Rohrwacher pour Lazzaro Felice et la provocante Française Eva Husson avec Les Filles du soleil. Mon intuition artistique et politique est qu’elles seront (l’une, l’autre ou les trois), bien présentes au palmarès de cette année « différente » quant à la place des femmes dans le cinéma mondial.

De gauche à droite : Eva Husson, Lazzaro Felice, Nadine Labaki / Photos : LCI

De gauche à droite : Eva Husson, Lazzaro Felice, Nadine Labaki / lci.fr

Les grands retours

Deux des films sélectionnés viennent valider des cinéastes majeurs : Le Livre d’image de l’éternel (88 ans !) Jean-Luc Godard qui était déjà à Cannes en 1959 avec À bout de souffle, son premier film. Et Blackkklansman du toujours sémillant Spike Lee (61 ans) qui continue SA (ou LA) lutte contre les ségrégations. Un film qui pourrait lui apporter la palme qu’il aurait déjà dû gagner en 1989 quand le président Wim Wenders avait boudé son magnifique Do the Right Thing.

D’autres Auteurs Majeurs de la « confrérie cannoise » seront aussi présents ! Asghar Farhadi (3e fois à Cannes et multi-primé dans tous les festivals du monde), fera l’ouverture avec Todos lo Saben, étonnamment le seul film hispanisant de la sélection. Jia Zhang-Ke (4e fois au festival) avec Ash is Purest White qui nous émerveillera encore (en tout cas je l’espère !). Le toujours émouvant Kore-Eda Hirozaku (sélectionné pour la 7e fois), avec Shoplifters qui sera peut-être, comme d’habitude, au Palmarès… Le méritant et toujours subversif Jafar Panahi (3e fois à Cannes, alors que le régime iranien l’a bloqué plusieurs fois…) avec Three Faces. Le si poétique Sud-Coréen Lee Chang-dong (3e participation) avec Buh-ning. Et enfin, le toujours primé Matteo Garrone (sélectionné pour la 4e fois et déjà primé deux fois Grand Prix du Jury !) avec Dogman.

Quant aux deux français, Stéphane Brizé avec En guerre et Christophe Honoré avec Plaire, aimer et courir vite (tous deux, pour la 2e fois à Cannes), rééditeront-ils l’exploit de Robin Campillo, réalisé l’année dernière avec ses 120 battements par minute ???

Vincent Lacoste et Pierre Deladonchamps dans « Plaire, aimer et courir vite », de Christophe Honoré, en compétition au 71e Festival de Cannes. AD VITAM

Vincent Lacoste et Pierre Deladonchamps dans « Plaire, aimer et courir vite », de Christophe Honoré, en compétition au 71e Festival de Cannes. AD VITAM

 

Vincent Lindon dans « En guerre », de Stéphane Brizé, en compétition au 71e Festival de Cannes. DIAPHANA

Vincent Lindon dans « En guerre », de Stéphane Brizé, en compétition au 71e Festival de Cannes. DIAPHANA

Les petites surprises

Les seules surprises, potentielles, viendraient donc : du Polonais Pawel Pawlikowski (1re fois à Cannes) avec Zimna Wojna, qui retrouvera peut-être la grâce de son Ida de 2013 ; du Japonais Ryusuke Hamaguchi, plus habitué au Lac de Locarno qu’aux rivages cannois, avec Netemo Sametemo ; du dérangeant  (surtout pour Poutine) – Russe Kirill Serebrennikov avec Leto ; du méconnu (malgré son culte It follows qui secoua la Semaine de la Critique en 2014) Américain David Robert Mitchell avec Under the silver lake
La palme de la nouveauté revenant à l’Égyptien Abu Bakr Shawky qui présente Yomeddine, son 1er long métrage en Compétition Officielle !

Nous avons presque fait le tour, du monde, avec ces 18 films qui ensoleilleront, peut-être, le printemps qui commence doucement.

Le festival va donc entamer bientôt sa 71e ronde des films. Cela est moins que Venise (créé en 1932) et plus que Berlin (créé en 1951), mais si on devait lui poser la question « Quelle est votre plus grande ambition dans la vie ? », peut-être répondrait-il comme Jean-Pierre Melville à Jean Seberg dans le À bout de souffle, déjà cité : « Devenir immortel et puis mourir… »

Jean-Pierre Melville dans A bout de souffle de Jean-Luc Godard / Copyright: Droits reservés

Jean-Pierre Melville dans A bout de souffle de Jean-Luc Godard / Copyright: Droits reservés