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Broda fait son cinéma : Mon Premier Festival de Cannes “Sans Toi” Agnès !

Culture[s] - 15 mai 2019 - par Jonathan Broda

Photo de l’article : Agnès Varda – Montée des Marches de 82 femmes au Festival de Cannes 2018 – © Alberto Pizzoli/AFP

Un Festival de Cannes en hommage à Agnès Varda

Au début du mois d’avril dernier, Thierry Frémaux et ses acolytes du Festival ont décidé de faire, à travers l’affiche du 72e Festival International du Film de Cannes, un hommage à Agnès Varda décédée seulement quelques jours avant, dans la nuit du 28 au 29 mars dernier.

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Affiche du 72e Festival International du Film de Cannes.
Photo : La Pointe courte © 1994 Agnès Varda et ses enfants – Montage et maquette : Flore Maquin

Cette affiche nous montre une jeune Agnès (elle avait 26 ans) tournant son 1er long métrage La pointe Courte avec un casting réunissant deux acteurs débutants (Philippe Noiret et Sylvia Monfort) et des acteurs non-professionnels, le tout dans des décors naturels de sa ville d’adoption, Sète. La photo choisie colle parfaitement à l’esprit d’Agnès Varda, un mélange d’espièglerie et de gravité, en effet, elle semble bondir sur son assistant pour pouvoir (re)cadrer le monde, (re)créer son monde.

Agnès Varda, une fois finit le montage de cet essai (auquel a participé son ami/amant de l’époque, Alain Resnais) amènera le film à Cannes en véritable flibustière : sans sélection, invitation ou autorisation, anticipant ainsi la Nouvelle Vague qui n’était pas attendue ou bienvenue en ce milieu des années 50 marqué par les guerres coloniales (fin de l’Indochine, début de l’Algérie) plus que par le renouveau cinématographique… Mais ces pionniers que furent Varda (et Resnais) surent s’ouvrir les portes du cinéma en suivant les exemples d’autres pionniers subversifs comme Jean Renoir et Luis Buñuel. Deux cinéastes que le Festival honore aujourd’hui (dans le programme Cannes Classics) en présentant Toni dans lequel Jean Renoir, en 1934/35, anticipait le Néo-réalisme en tournant loin de Paris avec des non-professionnels et en décors naturels (comme Varda plus tard) avec Luchino Visconti comme jeune assistant (Néo-réalisme quand tu nous tiens) ; puis ensuite Los Olvidados dans lequel Luis Buñuel, en 1950 (Prix de la mise en scène à Cannes en 1951), propose une alternative mexicaine aux manifestes italiens du Néo-réalisme réalisés par Roberto Rossellini Rome ville ouverte ou encore Allemagne année zéro

Quelle belle synchronisation, Agnès Varda magnait parfaitement les ricochets et clins d’œil dans sa « Ciné-écriture » comme elle aimait appeler sa façon de monter ses films. Sans les connaître (en tout cas en 1955) elle faisait résonner ses films avec ceux des maîtres français, espagnols ou italiens cités plus haut…

Agnès Varda et Cannes

Agnès Varda reviendra plusieurs fois au Festival de Cannes, comme si elle grandissait en même temps que lui. Elle y reviendra en 1962 avec Cléo de 5 à 7 pour le 15e Festival, cette fois-ci au cœur de la Nouvelle Vague avec de nouveaux complices (le regretté Michel Legrand à la musique, l’étincelant Bernard Evein aux décors, l’omniprésent Marin Karmitz comme assistant réa et les parrains Georges de Beauregard et Carlo Ponti à la production).

Elle y reviendra deux ans plus tard en 1964, accompagnant l’amour de sa vie, Jacques Demy, qui décrochera une Palme d’Or, au combien méritée, pour Les parapluies de Cherbourg qui confirmera l’importance de la Nouvelle Vague validée par le Président du 17e Festival, le mythique Fritz Lang.

Agnès Varda et JR au 70e Festival de Cannes (2017) pour présenter Visages, Villages – © AFP/Valery Hache

C’est ensuite surtout au XXIe siècle qu’elle accostera de nouveau à Cannes avec ses documentaires tardifs : Les glaneurs et la glaneuse en 2000 (53e Festival de Cannes) qui marque son adhésion aux petites caméras numériques et sa belle métaphore du glanage (faire des images d’un côté, ramasser des légumes dans la rue de l’autre) mais aussi avec Visages, Villages en 2017 (70e festival de Cannes) qui lui, nous conte les aventures d’Agnès arpentant la France avec son nouveau complice, le street-artiste aux lunettes noires : JR, film qui leur apportera l’Œil d’Or (meilleur documentaire du Festival).

Bref, c’est difficile d’imaginer un festival de Cannes sans elle, son fantôme, comme hier soir lors de la cérémonie d’ouverture (avec son siège ciglé Agnès V.), planera sur cette 72e édition et tant que l’on prononcera son nom, elle sera toujours en vie…

 

La malédiction du Film d’Ouverture !

Comme annoncé hier, c’est un cadeau empoisonné que de faire l’ouverture à Cannes, le dernier film de Jim Jarmusch The Dead Don’t Die perpétuera cette tendance, quelle déception de le voir faire ce film un peu trop méta, un peu trop feignant surtout pas assez abouti, mais bon grâce à Agnès Varda, je confirme que les morts ne meurent pas !

Affiche de The Dead Don’t Die de Jim Jarmusch