Cate Blanchett, Présidente du Jury de la 77e Mostra de Venise. / © Abaca
Cate Blanchett, Présidente du Jury de la 77e Mostra de Venise. / © Abaca
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Broda fait son cinéma : Venise 2020 au féminin

Culture[s] - 14 septembre 2020 - par Jonathan Broda

Premier festival international de cinéma organisé depuis le début de la crise sanitaire, la Mostra de Venise a été suivie de près par Jonathan Broda. Professeur à l’EICAR et spécialiste de l’Histoire du cinéma, il nous propose son analyse du palmarès 2020.

C’est ce week-end qu’est tombé le verdict de la 77e Mostra de Venise. Mme la Présidente Cate Blanchett (déjà au commande lors du Festival de Cannes 2018) et son jury, avec entre autres les acteurs Matt Dillon et Ludivine Sagnier, ont plébiscité les premiers films qui marqueront l’année 2020.

Cate Blanchett, Présidente du Jury de la 77e Mostra de Venise. / © Abaca

Cate Blanchett, Présidente du Jury de la 77e Mostra de Venise. / © Abaca

Ce palmarès était attendu car cette année 2020 restera comme une année très particulière dans l’Histoire du cinéma. Une année où les salles de cinéma ont dû fermer pendant près de trois mois, où le Festival de Cannes a été annulé, où les Oscars ont été repoussés, etc.

Venise 2020 : la jeunesse fait son cinéma

Le fait que cette édition du plus vieux Festival de cinéma au monde (créé en 1932 par Mussolini) ait eu lieu est déjà un succès en soi. Et la très « jeune » sélection  de cette année, concoctée par Alberto Barbera et son équipe, était très attendue.

Ce palmarès était d’autant plus guetté, car depuis 2017, les films primés à Venise (notamment les Lions d’or) sont des « films phénomènes » qui marquent fortement les années en question. 2017 : La Forme de l’eau de Guillermo del Toro (quatre Oscars par la suite dont celui du Meilleur Film et Meilleur réalisateur) ; 2018 : Roma d’Alfonso Cuarón (puis trois Oscars dont celui du Meilleur film étranger et Meilleur réalisateur) ; 2019 : Joker (les Oscars du Meilleur acteur et de la Meilleur musique).

C’est la jeune réalisatrice sino-américaine Chloé Zhao (à peine 38 ans, née à Pekin et partie faire ses études à Londres et New York) qui triomphe avec son film Nomadland qui sortira en salle en décembre 2020.

La réalisatrice Chloé Zhao remporte le Lion d'or à la Mostra de Venise pour "Nomadland". / © AMY SUSSMAN / GETTY IMAGES NORTH AMERICA

La réalisatrice Chloé Zhao remporte le Lion d’or à la Mostra de Venise pour “Nomadland”. / © AMY SUSSMAN / GETTY IMAGES NORTH AMERICA

Après quatre courts métrages talentueux réalisés entre 2008 et 2011 (dont le 3e primé au Festival de Palm Springs en 2010), ce film est ainsi son 3e long métrage. Après le très touchant Les Chansons que mes frères m’ont apprises en 2015, elle réalisa le puissant The Rider en 2017 qui gagna un Prix -Prix Art Cinéma- à la Quinzaine des Réalisateurs de Cannes et le Grand Prix du Festival du Cinéma Américain de Deauville.

Ce 3e film Nomadland, qu’elle écrit, produit ET réalise (comme tous ses films) clôt son cycle « auteure de film indépendant ». Car son prochain film Eternals, déjà tourné et qui sortira en février 2021, est une commande des studios Marvel avec Angelina Jolie et Salma Hayek.

Dans Nomadland, on retrouve la sublime Frances McDormand, déjà récipiendaire de deux Oscars pour ses rôles dans Fargo en 1997 et pour Three Billboards en 2018. Bientôt la passe de trois… ? Elle est sur les traces de Katherine Hepburn, tenante du record avec 4 statuettes.

Le film est une chronique des déclassés du rêve américain, qui suit les (més)aventures de personnes qui (sur)vivent dans des caravanes et autres mobil-homes au gré de leurs emplois précaires. Nomadland a sonné juste alors que les États-Unis s’apprêtent (ou pas ?) à réélire qui vous savez qui…

Frances McDormand in "Nomadland". / © TIFF/Searchlight Pictures

Frances McDormand in “Nomadland”. / © TIFF/Searchlight Pictures

Mostra de Venise : la Femme à l’honneur

Cette année a était particulière à Venise, où les femmes étaient à l’honneur.

Une Présidente du Jury : ce n’est pas la première fois, mais c’est quand même rare.

Deux Lions d’honneurs : pour l’ensemble de la carrière de l’actrice britannique (que l’on ne présente plus) Tilda Swinton, et la réalisatrice hongkongaise Ann Hui, pionnière du cinéma féminin en Asie (une carrière qui a commencé il y a plus de 40 ans et qui compte 30 longs métrages).

Huit film (sur 18, presque la parité !) réalisés par des femmes en sélection. On n’est pas loin du record, tous Festival compris, (à part peut-être le Festival International du Film de Femmes de Créteil).

Un Lion d’or pour Chloé Zhao, 5e femme à gagner ce prix mythique, après Margarethe von Trotta avec « Les années de plomb » (1981), Agnès Varda avec « Sans toit ni lois » (1985), Mira Nair avec « Le mariage des moussons » (2001) et Sofia Coppola avec « Somewhere » (2010).

Une preuve que le Festival International du Film de Venise veut participer à cette féminisation du cinéma, qui, espérons-le, va continuer à se généraliser.

Un palmarès très politique

Le reste du palmarès est intéressant à étudier car, comme on l’a compris, c’est une année particulière, assez « politique » et cela à différents niveaux.

Notons sur le reste du palmarès quelques tendances : le grand prix du Jury va au jeune mexicain Michel Franco pour Nuevo Orden, une dystopie pas vraiment optimiste. Le talentueux cinéaste japonais Kiyoshi Kurosawa obtient un Lion d’Argent de la Meilleure mise en scène pour Les Amants sacrifiés, un titre qui rappelle plutôt les films de Mizoguchi que ceux de son homonyme Akira. Quant au solide cinéaste russe Andreï Konchalovsky, il repart avec un Prix Spécial du Jury pour le très réaliste Dear Comrades! Ces deux derniers films questionnent les histoires respectives du Japon de la seconde guerre mondiale, et de l’URSS du début des années 60.

Bref, toute une somme de films qui vont sortir sur nos écrans (espérons-le !) dans les six mois à venir, avant les festivals de Berlin (février 2021) et de Cannes (mai 2021), s’ils ont lieu, n’amènent leur lot de récompenses.