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Broda fait son cinéma : Les auteurs ne meurent jamais

Culture[s] - 14 mai 2019 - par Jonathan Broda

Cette année encore, Jonathan Broda, professeur d’histoire du cinéma à l’EICAR partage avec nous ses impressions sur l’actualité du 72e Festival International du Film de Cannes. À l’occasion de la projection The Dead Don’t Die de Jim Jarmusch, il s’intéresse aux films d’ouverture et remonte le temps à travers les sélections précédentes. 

Je déclare le 72Festival International du Film de Cannes ouvert !

Pour sampler la formule que Charlotte Gainsbourg et Xavier Bardem –et non Alejandro González Iñárritu (?)– ont utilisé tout à l’heure : ça y est ! la frénésie est lancée, la foire aux films est ouverte, les minutes de sommeil commencent à manquer ! Mais bon, allons voir The Dead Don’t Die de Jim Jarmusch.

Qu’est-ce qu’un film d’ouverture à Cannes ?

Qu’est-ce qu’un film d’ouverture à Cannes ? Quelles sont les qualités requises, les paramètres nécessaires, bref les enjeux de ce type de films ?

Luc Besson (un non-auteur cannois par définition ? quand bien même Président du Jury en 2000) a déjà fait deux fois (les frais d’) une ouverture cannoise : en 1988 avec Le grand Bleu et en 1997 avec Le cinquième élément. Quand bien même les deux films/projets sont différents : un film culte générationnel défoncé par les critiques cannois en son temps d’un côté ; un blockbuster avec Bruce Willis dénoncé par les spectateurs cannois de l’autre. Il est donc de bon ton de mettre un cinéaste populaire avec des stars au casting, n’en déplaise au public pointilleux de Cannes ! Ron Howard et Tom Hanks avec leur Da Vinci Code en 2006, Baz Luhrmann et Leonardo Di Caprio et leur Gatsby le Magnifique suivent le même chemin.

Nicole Kidman (une star cannoise par définition ?) a elle aussi fait deux fois l’ouverture dans le plus grand Festival de cinéma du monde, en 2001 avec Moulin Rouge de Baz Luhrmann (lui aussi anti-auteur cannois !) qui ne fut pas boudé par le public (exception ?) d’un côté ; en 2014 avec Grace de Monaco du surestimé Olivier Dahan (sifflé par le public de la Riviera) de l’autre. Il est de (très) bon ton de prendre une star internationale en ouverture, finalement, peu importe le film… Basic Instinct en 1992 (Sharon Stone et Michael Douglas) ou encore Minuit à Paris (Owen Wilson et Marion Cotillard) en 2011 en sont d’autres exemples.

Les auteurs qui font l’unanimité aussi sont des bons clients pour faire l’ouverture, surtout avec des stars au casting :

Que ce soit l’éternel Martin Scorsese qui lança le festival 1982 avec sa Valse des pantins (avec le duo Jerry Lewis/ Robert De Niro) décriée en 1982, bien que le film a très bien vieilli ; l’insubmersible Ridley Scott et son (TRÈS) oubliable Robin des bois en 2010 (avec Russell Crowe et Cate Blanchett) ou encore Wes Anderson et son ironique et juvénile Moonrise Kingdom en 2012 (avec son “All Star Cast”).

 

Jim Jarmusch, un réalisateur Made In Cannes

Cette année, nous avons donc ce bon vieux Jim Jarmusch à l’ouverture !

Auteur cannois par définition : sur ses douze longs métrages, huit ont été sélectionné au festival, depuis 1984 où il triompha de la Caméra d’Or pour son sublime Stranger than Paradise.

“The Festival put the spell on you Jim!”

Les autres films de Jarmusch qui ont marqué Cannes furent les suivants :

Le délicieux et toujours drôle Down by Law en 1986 ; le complexe bien qu’inégal Mystery Train en 1989 (Prix de la meilleure contribution artistique) ; le magnifique et morbide Dead Man en 1995 ; l’étonnement hip-hop Ghost Dog en 1999 ; le sériel et sexy Broken Flowers en 2005 (déjà avec Bill Murray et Grand Prix du jury) ; le mystérieux et vampirique Only Lovers Left Alive en 2013 (déjà avec Tilda Swinton) ; le poétique et anti-spectaculaire Patterson en 2016 (déjà avec Adam Driver).

Bill Murray et Adam Driver en good cop/bad cop dans The Dead Don’t Die de Jim Jarmusch, film d’ouverture du festival de Cannes. – © Universal

Je déclare donc ouverte la critique systématique autour du dernier Jim Jarmusch, toujours si Blues, Rap and rock’n’Roll (il y a ses potes Iggy Pop, Tom Waits et RZA en guest star), avec son casting d’habitués (Bill Murray et Adam Driver en good cop et bad cop et Tilda Swinton en avatar d’Uma Thurman dans Kill Bill) et sa capacité à hybrider les genres ou du moins à en détourner les codes…

Et je vous en reparle demain, une fois que je l’aurai vu !