Cindy Pasqualin, responsable pédagogique du Bachelor Plasticien Maquilleur FX, championne du monde de bodypainting

Les 3 et 4 juillet 2026, à Sterzing/Vipiteno en Italie, Cindy Pasqualin a remporté le Championnat du monde de bodypainting dans la catégorie camouflage. Responsable pédagogique du Bachelor Plasticien Maquilleur FX à EICAR, elle décroche la première marche après deux quatrièmes places consécutives — et compte bien transmettre à ses étudiants la discipline qui l'a menée là. Entretien.
Quatre heures pour faire disparaître un corps
Les 3 et 4 juillet 2026, le centre historique de Sterzing/Vipiteno, dans le Tyrol du Sud, s'est transformé en terrain de jeu à ciel ouvert. Pour la deuxième année consécutive, la petite ville médiévale italienne accueillait le Championnat du monde de bodypainting de camouflage, présenté par Kryolan dans le cadre du World Bodypainting Festival. Le principe de la catégorie est simple à énoncer : faire disparaître un modèle dans un décor imposé, tiré au sort. Une vingtaine d'artistes sélectionnés s'y affrontent, dix le vendredi, dix le samedi.
Cindy Pasqualin concourait le samedi avec sa modèle Emma, sur un assortiment de didgeridoos et de branches de bois sculpté. Quatre heures de maquillage, puis la délibération du jury. Au terme des deux jours, le podium est tombé : Cindy Pasqualin, France, championne du monde. Derrière elle, l'Autrichienne Nadja Hluchovsky et la Française Vanessa Nicolle — deux Françaises sur trois marches.
J'avoue ne pas avoir senti que je pouvais gagner au vu des autres œuvres, car la compétition était rude. L'annonce du vainqueur a donc été une grande surprise remplie d'émotion ! Cindy Pasqualin
La colorimétrie, la pose, et une danse avec le décor
Faire disparaître un corps demande plusieurs savoir-faire à la fois. Il faut d'abord maîtriser la pose du modèle et l'intégrer astucieusement dans le décor, en utilisant le corps comme la continuité de certains objets. Vient ensuite la colorimétrie, où se joue l'essentiel de l'illusion : approcher au plus près les couleurs du lieu, dans un long travail de mélange et de compréhension des valeurs. Puis l'alignement, au millimètre, entre le modèle et les éléments qui l'entourent.
C'est une discipline qui me parle beaucoup car elle est très technique, c'est un vrai défi
, résume celle qui décrit son travail de compétition comme une chorégraphie : C'est une danse rythmée où on s'éloigne pour observer la composition globale, puis on s'avance à nouveau pour peindre en précision, et ce en alternance sur tout le temps de la compétition.
Elle en repart, dit-elle, avec des courbatures.
La lumière peut tout changer, mais la cour ombragée et l'horaire l'ont épargnée cette année. Reste le chronomètre : quatre heures en compétition, quand six seraient idéales pour composer quelque chose de vraiment impeccable. La gestion du temps est donc un challenge supplémentaire — le plus dur à mes yeux !
Deux quatrièmes places, puis le titre
En 2023 et en 2024, Cindy Pasqualin avait terminé quatrième du championnat du monde. Deux fois au pied du podium. Qu'est-ce qui a changé cette année ? Elle a confié à sa modèle Emma le soin de tirer le lieu au sort. Je pense que c'est surtout ma bonne étoile qui a joué cette année !
Les éditions précédentes lui avaient réservé des décors redoutables : des escaliers en marbre en 2023, un mur de tableaux en 2024. Cette fois, les formes très organiques et les couleurs vibrantes du bois lui offraient un terrain autrement plus favorable. Car en camouflage, tout ne se vaut pas : Le plus compliqué, ce sont les valeurs claires, particulièrement le blanc pur, car c'est presque impossible de faire disparaître le modèle — ainsi que les lignes droites, car le corps ne l'est pas naturellement.
Reste que le tirage au sort n'explique pas tout. Cindy Pasqualin a remporté les NYX Face Awards France en 2018 et a été finaliste de la Battle of the Brushes à l'IMATS de Londres en 2015 et 2016. En 2025, elle siégeait au jury du French Bodypainting Award, aux côtés de Dany Sanz, fondatrice de Make Up For Ever.
Des drag queens aux plateaux de série
Cindy Pasqualin s'est formée à l'école Métamorphose de Strasbourg, entre 2014 et 2016, dont elle sort avec un double diplôme de maquilleuse professionnelle et de maquilleuse effets spéciaux. Le bodypainting hyperréaliste, lui, elle l'a travaillé seule, en puisant du côté des beaux-arts et de la peinture. Deux voies dont elle tire aujourd'hui une conviction d'enseignante.
La rigueur d'un enseignement cadré en école est essentielle ; continuer ensuite à se former par soi-même l'est tout autant. C'est ce qui permet de rester des professionnels à jour dans le milieu du maquillage, qui évolue très vite et de manière constante. Cindy Pasqualin
Son parcours dit le reste : les queens de Drag Race France (Paloma, Kam Hugh, Piche, Elips), la mode avec Iris Van Herpen et Jaden Smith, les plateaux de The Walking Dead: Daryl Dixon, Bref 2 ou The Serpent Queen. Un grand écart ? Pas à ses yeux : Le dénominateur commun de ces expériences, c'est l'univers audacieux dans lequel elles prennent vie. J'ai beaucoup de chance d'être appelée sur des projets queer, colorés, monstrueux ou féériques, et ça nourrit ma passion chaque jour !
De toutes ces rencontres, ce sont les collaborations avec les queens de Drag Race France dont elle est la plus fière : C'est un honneur de contribuer à l'art du drag et à la mise en avant d'artistes queer aussi versatiles et talentueux, et de partager la vision des autres artisans impliqués — costumier·e·s, perruquier·e·s, photographes et autres perles.
Quant à la suite, la confidentialité s'impose, comme souvent dans le métier. Une exception, tout de même : un projet mené avec ses étudiants de 3e année, à découvrir prochainement sur Amazon Prime.
Du podium à la salle de cours
Cindy Pasqualin compte bien faire redescendre ce titre en salle de cours : J'ai pour ambition de partager les techniques clés du camouflage avec les élèves, afin de renforcer tout particulièrement leur enseignement en bodypainting. La future génération de maquilleurs a tout à gagner à pratiquer cette discipline qui allie précision, technique et maîtrise de la colorimétrie : trois qualités phares de l'exercice de leur futur métier !
C'est très exactement ce que défend EICAR : des professionnels en pleine activité, au meilleur niveau mondial, qui transmettent ce qu'ils viennent d'éprouver sur le terrain — et qui embarquent leurs étudiants sur de vrais projets. Toute l'équipe de l'école félicite chaleureusement Cindy Pasqualin pour ce titre.
Bachelor · 3 ans
Plasticien Maquilleur FX
Maquillage effets spéciaux, prothèses, bodypainting, créatures et sculpture : en trois ans, apprenez à fabriquer de vos mains ce que le cinéma, la série et le spectacle vivant ne peuvent pas truquer. Une formation dirigée par Cindy Pasqualin, championne du monde de bodypainting, et portée par des intervenants en activité.







