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Midnight Special

Culture[s] - 10 mai 2016 - par Vincent Guesnery

Jeff Nichols s’était fait connaître en 2011 avec « Take Shelter », un drame familial sur fond de catastrophe naturelle ; récompensé de plusieurs prix notamment le prix FIPRESCI et le prix de la critique internationale lors de la soixante-quatrième édition du festival de Cannes. Le réalisateur avait ensuite enchaîné en 2013 avec « Mud », un autre drame prenant place, comme l’indique le sous-titre français du film, sur « les rives du Mississippi » dans lequel le travail d’Adam Stone à la photographie n’avait pas laissé les spectateurs indifférents. Et voilà qu’en 2016, Jeff Nichols signe un nouveau film ancré cette fois-ci dans le thème de la science-fiction pour le plus grand bonheur des amateurs du genre, « Midnight Special ».

L’une des grandes forces du cinéma de Jeff Nichols est cette manière qu’a le réalisateur de se renouveler tout en gardant ce charme si atypique qui le caractérise depuis « Take Shelter ». En effet si du côté des thématiques abordées, il semble s’ancrer dans le drame et la famille, c’est bel et bien dans le traitement de ces mêmes thèmes que « Midnight Special » réussi à tirer son épingle du jeu. Si au début du film, l’histoire apparaît clairement comme mystérieuse et les différents protagonistes assez énigmatiques, une ambiance vient rapidement se mettre en place et évite au spectateur la frustration du manque d’informations. Bien entendu, au cours du film certains mystères seront levés mais parfois un peu trop lourdement alors que le film n’est jamais aussi fort que lorsqu’il laisse au spectateur une large marge d’interprétation. On retiendra en particulier une séquence située dans une station-service au cours de laquelle les personnages sont confrontés à une pluie de météorites. Cette séquence introduit une dimension fantastique dans le film au moyen d’une mise en scène se servant de la lumière pour isoler les personnages sur le parking de la station. La scène est filmée en caméra à l’épaule, pour une plus grande immersion, et alterne les plans larges et les gros plans jusqu’à ce qu’un mouvement de caméra vers le ciel révèle la pluie de feu aux spectateurs et aux personnages qui prennent  immédiatement la fuite, laissant planer le mystère sur les causes de l’événement.

Comment parler d’un film de Jeff Nichols sans évoquer la réalisation et le traitement de l’image. Si Adam Stone avait su donner aux images de « Take Shelter » et « Mud » cet aspect si particulier qui faisait le charme de ces deux films, lui et Jeff Nichols semblent avoir ici franchit un cap dans l’esthétisme, arrivant à donner aux images de « Midnight Special » une aura quasi mystique. La réalisation s’accorde parfaitement aux différentes thématiques du film comme celles de l’enfance, de la famille ou du fanatisme religieux, tout en faisant ressentir cette impression que les événements sur l’écran dépassent les protagonistes qui ne pourront la plupart du temps que fuir. Pour le plaisir des amateurs du genre, le réalisateur n’hésite pas à placer tout au long du film divers clins d’œil et autres easter eggs sur l’univers de la science-fiction. Quoique nombreux, ils sont suffisamment discrets pour ne pas empiéter sur l’intrigue du film.

L’une des grandes surprise de « Midnight Special » réside dans le personnage de Paul Sevier, interprété par Adam Driver, aujourd’hui surtout connu pour le rôle de Kylo Ren dans « Star Wars VII : The Force Awaken ». Et s’il est des acteurs qui peinent à sortir de leurs grands rôles, ça ne semble pas être son problème, au vu de la qualité de son jeu en opposition totale avec son précédent personnage. Il n’est plus question d’un méchant sombre aux pouvoirs télé-kinésiques, mais d’un bureaucrate timide et mal à l’aise et dépassé par les événements auxquels il fait face, à la  recherche de connaissances dont il ne connaît lui-même que les légendes. Tous les personnages du film ont bénéficié du même traitement psychologique. Ils servent tous à l’intrigue, c’est d’ailleurs le plus souvent grâce à leur évolution que l’histoire est racontée, donnant plus de crédibilité et de complexité à l’univers.

« Midnight Special », fait du bien aux amateurs de science-fiction, surtout aux amateurs de le science-fiction des années 80, car il se démarque des grosses productions auxquelles le genre a habitué le public. Il délaisse les effets spéciaux à outrance, les explosions et les combats dantesques pour se concentrer sur l’histoire, son univers et ses personnages. Jeff Nichols signe ainsi son quatrième long-métrage et semble déjà bien engagé sur la route du cinquième avec l’annonce de « Loving » prévu lui aussi pour 2016. Le réalisateur n’a donc pas fini de faire parler de lui, pour le  plus grand bonheur de son public.