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Broda fait son cinéma – 71 fragments d’une chronologie cannoise

Culture[s] - 8 mai 2018 - par Jonathan Broda

C’est mon 25e Cannes !
J’y ai vu plus de 71 films… mais un tout petit peu moins de 400. C’est trop, beaucoup trop ! Mais j’y retourne quand même chaque année avec la même frénésie, la même excitation…

Que dire en ce « jour 0 » du 71e Festival de Cannes ? Le jour où le film qui fait l’ouverture passe à 19h30, après la grand-messe de Canal + ?

1


Se rappeler de l’année dernière et de cette palme suédoise The Square, oubliable et déjà oubliée ? Non !

 

2


Se remémorer le film raté de Michel Hazanavicius Le Redoutable sur l’année 1968 dans la vie d’un grand réalisateur de film, Jean-Luc Godard ?
Un intriguant projet, oubliable et très rapidement oublié… pas par tout le monde, et surtout pas par le redouté Thierry Frémaux…

 

3


Se projeter sur la sélection officielle de l’année : plus excitante (pourquoi ?), plus dense (comment ?).

 

4


Se tourner vers la Quinzaine des Réalisateurs qui fête son 50e anniversaire – comme Mai 68, comme s’il y avait un lien ?…

 

5


Se rappeler qu’il y a 50 ans, le Festival de Cannes avait été interrompu car la France aussi s’était arrêtée en pleine « chienlit », comme disait le Général… Parmi les partisans de cet arrêt, plusieurs réalisateurs – Louis Malle, Claude Lelouch, François Truffaut, Claude Berri, Roman Polanski et Jean-Luc Godard  – enclins à lier les revendications des étudiants et ouvriers de l’époque à un nouveau projet de société. Une société dans laquelle les réalisateurs de films seraient en adéquation avec la Société, justement. Bref, une SRF (Société des Réalisateurs de Films), qui 50 ans plus tard organise toujours la Quinzaine des Réalisateurs…

 

6


Se souvenir d’un certain JLG, protagoniste de l’arrêt du festival, qui à cette époque faisait rarement des images à partir de livres (dans Le Mépris d’après Alberto Moravia en 1963 et dans Made in USA d’après Donald E. Westlake en 1966…). Alors que vendredi 11 mai, à l’âge de 88 ans, il présentera son film intitulé Le livre d’image...

 


 


 


Se focaliser sur l’affiche du Festival de cette année, inspirée – comme par hasard ? – du film Pierrot le fou, réalisé en 1965 par ce même JLG. Pourtant, cette année-là, ce n’est pas à Cannes, mais à Venise, qu’il était projeté, accueilli froidement part Le Figaro (alors que le film gagnera le Prix de la critique…) et très amicalement par Louis Aragon (qui lui n’a jamais écrit dans Le Figaro).
Étendard du 71e Festival de Cannes, alors qu’il fut interdit au moins de 18 ans à sa sortie pour « Anarchisme intellectuel et moral », on ne peut que constater que 68 et son « joli mois de mai » sont passés par-là… Pierrot le fou apparaît comme l’un des crépuscules de la Nouvelle Vague, dernière collaboration de JLG avec Belmondo, et 6e collaboration avec sa future ex-femme, Anna Karina. Ils tourneront ensemble Alphaville en 1965, Made in USA en 1966 et le court métrage Le plus vieux métier du monde en 1967… À cette époque-là, JLG travaillait souvent avec « l’un des plus grands » chef op’, Raoul Coutard, « l’un des plus grands » Ingés son, Antoine Bonfanti, et était produit par « l’un des plus grands » producteur : Pierre Braunberger…

 


 


 


Voir en Pierrot le fou, un film qui oscille entre une poésie romantique (celle d’un Arthur Rimbaud) et un humour surréaliste (celui d’un Raymond Devos), un film dans lequel Anna Karina chante des mélodies inoubliables de Serge Rezvani : Jamais je ne t’ai dit que je t’aimerai toujours et Ma ligne de chance, ma ligne de hanche. Sans oublier la chanson/dialogue : Qu’est-ce que j’peux faire, j’sais pas quoi faire… JLG y offre une scène inoubliable à l’un de ses cinéastes préférés de l’époque, Samuel Fuller (ayant signé deux de ses inoubliables chefs d’œuvres, les B movies, Shock Corridor et Police spéciale).

 

71


Me souvenir qu’en 1994, je regardais l’un de mes premiers films cannois à la Quinzaine des Réalisateurs, 71 fragments d’une chronologie du hasard (quel hasard !), l’un des premiers films de Michael Haneke qui, lui, n’est pas à Cannes cette année (quelle surprise !)…

 

Cette année ne serait-elle pas l’année de JLG ? Un certain Jean-Luc Godard ?!