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Broda fait son cinéma – Mostra de Venise, l’after

Culture[s] - 10 septembre 2018 - par Le Grand EICAR

Le palmarès de la Mostra de Venise est tombé, samedi 8 septembre, en soirée, et l’on n’a pas fini d’en entendre parler ! Le Jury, présidé par le Mexicain Guillermo del Toro, lauréat du Lion d’Or l’année dernière pour The Shape of Water, a délibéré et donné son verdict.

Alfonso Cuarón et la Mostra : une histoire qui ne date pas d’hier

C’est le mexicain (est-ce un hasard ?) Alfonso Cuarón qui triomphe avec son film Roma, très apprécié par les critiques et le public vénitien. Mais au-delà du lien éventuel entre deux des trois plus célèbres cinéastes de la Nouvelle Vague mexicaine (avec Alejandro González Iñárritu[1]) le film semble mériter son prix !

Personne ne va remettre en question le talent de Cuarón, qui depuis près de 20 ans a signé cinq films tous aussi différents et brillants les uns que les autres :

Le road movie mexicain Y tu mamá también en 2001 (déjà Prix du scénario à Venise en 2002) ; Harry Potter et le prisonnier d’Azkaban en 2004, 3e volet (le meilleur ?) de la saga ; le cultissime Les Fils de l’homme, doublement primé à Venise (Cuarón déjà mais aussi son chef opérateur, Emmanuel Lubezki[2]) et triplement nominé à l’Oscar en 2006 ; et le lunaire Gravity en 2013, qui fit l’ouverture à Venise et remporta sept Oscars.

C’est donc juste, l’un des réalisateurs les plus importants d’aujourd’hui, qui s’impose avec un film tourné au Mexique et non dans la ville éternelle. En effet, Roma est le nom d’un quartier de Mexico dans lequel Cuarón a vécu dans les années 1970, à l’heure où le pays allait changer.

 

Ce qui est choquant, ou plus simplement nouveau, c’est qu’il s’agit d’un film Netflix, et que c’est la première fois qu’un festival de cinéma (le plus vieux au monde et l’un des 3 principaux avec Cannes et Berlin) donne à cette chaîne TV, ou plutôt à cette plateforme de flux, de films et séries sur Internet, le Prix suprême.

Ce film ne sortira donc pas en salles de cinéma (?), mais sera visible prochainement en ligne sur Netflix… Contrairement à Cannes cette année, Venise n’est pas boycottée par le nouveau géant que représente Netflix. Sans rentrer frontalement dans le débat brûlant “Netflix et consorts tueront-ils les salles de cinéma ?”, c’est un virage nouveau dans l’histoire du cinéma et des médias, avec comme enjeu principal la chronologie des médias.

 

Pour le reste du palmarès, les inoxydables frères Coen prennent le Prix du scénario avec leur film (Netflix lui aussi) The Ballad of Buster Scruggs. Ce film de genre, un western, ne sortira donc pas au cinéma (no comment), mais lui aussi a ravi les observateurs à Venise (qui eux l’ont vu sur grand écran). Joel et Ethan sont donc toujours en forme, tant mieux !

Le western revient à la mode (tant mieux, là aussi !) car notre Jacques Audiard national gagne lui, le Prix de la mise en scène avec son premier film (franco)-américain The Sisters Brother. Le film sortira en salle (incroyable !) le 19 septembre en France : plus que 9 jours à attendre !

 

Autre genre largement récompensé à la Mostra cette année, le film en costume avec deux lauréats costumés.

The Favourite du prometteur cinéaste grec Yorgos Lanthimos, qui après le subversif The Lobster en 2015 et le sulfureux Mise à mort du cerf sacré en 2017, signe aujourd’hui un film féministe (?!?) qui gagne deux prix : le Lion d’Argent (Grand Prix du Jury) et le Prix d’interprétation féminine pour l’actrice britannique Olivia Colman, l’une des trois protagonistes féminines du film (avec Emma Stone et Rachel Weisz, rien que ça). L’histoire de la reine Anne d’Angleterre qui régna au début du XVIIIe siècle. Le film sortira en salles (ouf !) début 2019.

 

The Nightinagle, réalisé par l’inconnue australienne Jennifer Kent, seule femme en compétition cette année, qui rafle lui aussi deux prix : le Prix spécial du Jury et le Prix Marcello Mastroianni (prix du jeune acteur émergeant !?) pour le comédien aborigène Baykali Ganambarr. Le film et la réalisatrice ont été au cœur de l’autre scandale de cette 75édition du Festival de Venise, et cela pour deux raisons.

D’abord parce que Kent étant la seule femme en compétition. Cela pose réellement la question de la place des femmes dans le monde du cinéma et dans les arts d’une manière générale. Jacques Audiard s’en est ému au cœur du Festival et le directeur de la Mostra Alberto Barbera s’est senti attaqué et a rétorqué que s’il devait choisir les films en tenant compte du sexe de son auteur, il préférait démissionner. On voit bien que ce débat n’est pas prêt d’être résolu.

Le film a également été très mal accueilli. Mercredi dernier, des réactions racistes et sexistes sont venues perturbées la projection de presse. Des applaudissements durant le film, notamment lorsqu’un personnage de couleur est abattu froidement (sic !). Mais surtout, durant le générique, quand un spectateur/journaliste (homo sapiens ?) a hurlé “Shame on you bitch” (qui n’a pas besoin de traduction) à la réalisatrice. Réalisatrice qui gardera donc un souvenir particulier de sa semaine vénitienne…

 

Enfin, pour clore cette synthèse, sans polémique, débat ou scandale, la coupe Volpi du meilleur acteur est revenue au sublime acteur américain de 63 ans Willem Dafoe, pour son interprétation de Vincent Van Gogh dans At Eternity’s Gate de Julian Schnabel.

Dafoe nous hypnotise depuis le début des années 1980 avec une centaine de films et des rôles aussi complexes que torrides : Heaven’s Gate de Cimino en 1980 (son premier film !), Platoon d’Oliver Stone en 1987 (sa première nomination à l’Oscar), sans oublier Sailor et Lula de David Lynch en 1990, Basquiat en 1996 (déjà avec Schnabel), eXistenZ en 1999 de David Cronenberg (qui a reçu un Lion d’Or, samedi soir, pour l’ensemble de sa carrière), L’ombre du vampire (où il interprétait Nosferatu), Spider Man de Sam Raimi en 2002, Aviator de Martin Scorsese en 2004, Antichrist de Lars Von Trier en 2009, Pasolini d’Abel Ferrara en 2014, ou encore The Florida Project de Sean Baker (qui lui vaudra sa deuxième nomination aux Oscars)…

C’est donc l’un des plus grands acteurs américains qui triomphe ici dans le rôle du mythique peintre hollandais, personnage déjà interprété par de grands comédiens au cinéma : Kirk Douglas pour Minnelli en 1956, Martin Scorsese pour Kurosawa en 1990, Jacques Dutronc pour Pialat, et Tim Roth pour Altman en 1991.

Et aujourd’hui donc, Willem Dafoe. Vivement sa sortie en salle de cinéma (et oui cela se fait parfois !) fin 2018.

 

 

[1] Ces trois cinéastes ont trusté les Oscars depuis cinq ans. Cuarón en 2014 pour Gravity (Meilleur réalisateur). González Iñárritu deux fois d’affilée : en 2015 pour Birdman (Oscar du meilleur film et du meilleur réalisateur) et en 2016 pour The Revenant (Oscar du meilleur réalisateur). Et Del Toro en 2018 pour son fameux The Shape of water (Oscar meilleur réalisateur)

[2] Ce chef opérateur mexicain, a également travaillé sur la plupart des films de González Iñárritu et Cuarón (avec qui il était en école de cinéma), remportant consécutivement 3 Oscars de la meilleure photographie (du jamais vu en 90 d’Oscars) avec Gravity en 2014, Birdman en 2015 et The Revenant en 2016.