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#BFSC / Marché, mon beau Marché ! Dis-moi que je suis le plus beau…

Culture[s] - 16 mai 2019 - par Jonathan Broda

Le Marché du Film du Festival de Cannes célèbre ses 60 ans en 2019. L’occasion pour Jonathan Broda, professeur d’histoire du cinéma à l’EICAR de revenir sur ses origines.

Le Festival a failli naître en 1939, en réaction au Festival de Venise, jugé trop fascisant par notre ministre de l’Éducation Nationale de l’époque, le trop méconnu Jean Zay.

Mais finalement, la première édition a eu lieu en 1946. Et après deux années sans festival (1948 et 1950), il trouvera son rythme de croisière dès les années 50.

Au début il n’y avait pas de Marché « officiel », il y avait bien des échanges économiques (sinon les studios américains ne seraient pas venus avec leur cohorte de stars) mais tout cela était officieux.

Ce n’est qu’à la fin des années 50, lors de la fameuse année 1959 (12e Festival de Cannes) que le Marché du Film fut inauguré. C’est pourquoi, cette année, nous fêtons son 60e anniversaire. C’est Émile Natan, frère de Bernard Natan qui racheta la société Pathé durant les années 30 et qui périt tragiquement dans les camps d’extermination nazis, qui a créé le Marché du Film, indispensable corollaire au festival : c’est bien de montrer des films du monde entier et de monter des marches face au monde entier, c’est encore mieux si on en profite pour vendre et/ou acheter ces fameux films !

André Malraux (Prix Goncourt en 1932 pour La Condition humaine) exprime dans son fameux texte « Esquisse d’une psychologie du cinéma » écrit en 1939, durant 20 pages son amour pour le cinéma en écrivant : « LE CINEMA EST UN ART. » Et il affirme dans la dernière phrase du texte sa stupéfiante conclusion : « PAR AILLEURS LE CINEMA EST UNE INDUSTRIE. »

André Malraux, Ministre d’État chargé des Affaires culturelles (1959-1969)

Le futur Ministre de la Culture (à partir de 1959) pointe donc cette doxa du cinéma français : d’abord un Art, après une Industrie. C’est peut-être pour cette raison que le Marché a attendu un peu avant de s’officialiser.

Mais 1959 c’est aussi la date de naissance (officielle encore une fois) de la Nouvelle Vague française avec la production des deux premiers films de Claude Chabrol : Le beau Serge et Les Cousins. Avec également le scandale autour du film d’Alain Resnais écrit par Marguerite Duras Hiroshima mon amour (refusé, voire censuré ?) au Festival de Cannes. Et bien sûr le plébiscite du premier long métrage de François Truffaut Les 400 coups qui retentirent si fort durant ce 12e festival, en repartant avec le Prix de la Mise en scène qui a fait de Truffaut une star à l’âge de 27 ans… C’est peut-être pour cette raison que Les 400 coups est passé hier soir sur la plage Macé dans le cadre du Cinéma à la plage, au grand bonheur de toutes les personnes qui ne rentrent pas dans les sélections cannoises.

Quand à À bout de Souffle, de Jean-Luc Godard, produit, lui aussi, en 1959, il n’est passé qu’au Marché du film pour sortir en salles début 1960.

Est-ce un hasard que 1959 soit l’avènement d’un Ministère de la Culture, la mise en route de l’école esthétique française la plus célèbre, le tout avec la mise en place d’un marché du Film ? Est-ce le Festival qui a attiré le Marché, ou est-ce le Marché qui finance le Festival ? That is the question ?

Il y a près de 8000 accrédités au Marché du Film. Des centaines de stands qui représentent le cinéma du monde entier. On peut y croiser des producteurs, distributeurs, exploitants… Et sans tout ce monde, Cannes ne serait pas le plus grand Festival de cinéma au monde !

Mais ce qui me fait le plus plaisir, c’est que je n’arrête pas de croiser des anciens étudiants de l’EICAR, des différents départements de l’école, aussi bien francophones qu’internationaux ! Marché mon beau Marché !

 

L’après-séance de Jonathan Broda

Par ailleurs il y a de beaux films cette année à Cannes :

La Quinzaine des réalisateurs, dont on reparlera, s’est lancée hier, avec un film qui a fait son petit effet ! Le Daim réalisé par le loufoque Quentin Dupieux et interprété par deux figures cannoises : Jean Dujardin plus habitué à la sélection officielle et Adèle Haenel qui apparaîtra aussi dans le film de Céline Sciamma en milieu de festival.

Quant à la sélection officielle, deux films éminemment politiques lancent les débats :

  • Le bouillonnant et troublant Les Misérables de Ladj Ly, plutôt réussi, même si pas vraiment surprenant, qui sera peut-être au Palmarès, même si le chemin est encore long…
  • Le poétique et subversif Bacurau des brésiliens Kleber Mendonça Filho et Juliano Dornelles qui tient parfaitement ses promesses en ces temps troublés par l’élection de Bolsonaro.

Vivement la suite !