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Broda fait son cinéma – Divers cités

Culture[s] - 11 mai 2018 - par Jonathan Broda

Plutôt qu’une thématique unique, une synthèse de trois films vus à Cannes entre hier et aujourd’hui. Trois films qui partagent l’idée de la cité, au sens grec du terme, une communauté de citoyens libres et autonomes.

Photo : Desert Highway Pictures

Tout d’abord, un film égyptien : Yomeddine

« Mais quel rapport avec les grecs ? Il trip Broda ou quoi ? Le Festival commence à le fatiguer… »

Non, pas (trop) de fatigue encore !
Yomeddine, c’est l’histoire d’un lépreux (non maquillé, comme John Hurt dans Elephant Man), Beshay, qui cherche ses origines à travers un road-movie identitaire, accompagné d’un jeune orphelin curieusement prénommé Obama !

Sans dévoiler trop le scénario de ce premier film (donc concourant pour la Caméra d’or) de A.B. Shawky… une séquence se passe au Caïre, la cité du Nil. Le temps d’une soirée magnifique, notre protagoniste va se retrouver dans une communauté libre et autonome, telle celle de Freaks. Cet éphémère moment de plénitude va permettre à Beshay, interprété par l’époustouflant Rady Gamal, de poursuivre sa quête avant de revenir à Ithaque (je ne savais pas qu’Ulysse pouvait se retrouver dans un film égyptien…).

 

©Diaphana Distribution

Sans lien apparent, passons au film polonais : Zimna (ou Cold War) réalisé par Pawel Pawlikowski

Le temps de trois décennies (49-65), le film poursuit le temps, le parcours de deux êtres qui s’aiment sans le pouvoir.

Zula chante. Elle va se servir de ce don pour quitter son village de Pologne natal, en passant un casting pour un spectacle folklorique polonais. Elle va ainsi croiser le chemin de Wiktor, musicien, arrangeur et plus simplement artiste en quête de liberté. Ensemble, ils vont traverser des cités européennes : Varsovie, Berlin et Paris qui ont chacune un rapport différent à la liberté et l’autonomie.

Vont-ils pouvoir s’aimer ? Rien n’est moins sûr…

La qualité de la photographie du film (magnifique !) de Lukasz Zal et le montage très elliptique du film nous emporte dans cette guerre froide que seule la chaleur des corps pourra pacifier.

Je ne sais pas si le film recevra autant de prix que le précédent de Pawlikowski (Ida en 2013), mais je suis convaincu que personne ne sortira indemne de ce bel hommage dédié bien évidemment aux parents du réalisateur…

 

Photo : Les Films de l’autre cougar

Et enfin, À genoux les gars (titre anglais : Sextape, plus explicite)

Rim et Yasmina, deux sœurs, lycéennes, vont au Lycée Marc Bloch (historien, héros des première et seconde guerres mondiales, arrêté et fusillé par la Gestapo le 16 juin 1944). Est-ce celui situé à Val-de-Reuil, l’une des 9 villes nouvelles (les cités d’aujourd’hui ?) créées dans les 60’s ?

Elles mangent des kebabs et vont à la piscine avec Majid et Salim, leurs petits copains respectifs.

Le thème ici est la confrontation de leur éveil à la sexualité avec les problématiques actuelles des jeunes (issus de l’immigration ou non) : parents peu enclins à parler sexualité et contraception, smartphones prenant en otage la sphère privée, rivalités engendrées par la viralité de certains contenus…

Sur un canevas que nous ne dévoilerons pas ici, des jeux de l’Amour et de Facebook vont se nouer. Marivaux en moins, mais avec un humour indéniable, relevé de gouaille…
Le film (ou téléfilm… difficile de passer après la majesté formelle de Leto et Cold War) oscille entre comédie et tragédie contemporaine.

Yasmina finira t’elle par rencontrer enfin quelqu’un qui l’écoute ?
Les hommes ne sont pas vraiment à genoux, mais parfois ils se mettent à nus !

 

Ces citoyens ont droit de cité cette année au Festival, et c’est tant mieux ! Moi qui n’hésite pas à critiquer le critique que fut Thierry Frémaux, je dois reconnaître qu’il y a une réelle diversité dans les films que l’on peut voir à Cannes…

 

Comme dirait Beshay : Yalaa !