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Broda fait son cinéma – “Les hommes sont des femmes comme les autres”

Culture[s] - 14 mai 2018 - par Jonathan Broda

Analyse comparée de deux films vus ces derniers jours : Les filles du Soleil d’Eva Husson et Trois visages de Jafar Panahi. N’hésitez pas à (re)découvrir mon billet Parité ou équité ? du 12 mai, sur lequel je rebondis dans ce nouvel article.

 

Photo de l’article : © Memento Films Distribution

Les Filles du soleil d’Eva Husson

Les filles du soleil est donc réalisé par une femme, Eva Husson, qui avait surpris tout le monde avec son premier film Bang Gang (Une histoire d’amour moderne) en 2015.

On suit une reporter de guerre, Mathilde (Emmanuelle Bercot, assez effacée) qui se rend au Kurdistan pour rapporter les activités d’un bataillon de femmes tentant de libérer une ville tenue par des hommes de l’État islamique. Ce bataillon est commandé par Bahar (Golshifteh Farahani, toujours lumineuse) dont le film nous dévoilera ce qui l’a amené à être là.

“Les Filles du soleil” d’Eva Husson – © Wild Bunch Distribution

À part une séquence de traversée d’un check point frontalier impressionnante et vivifiante, le film ne fonctionne pas : la cause est bonne, l’idée est belle, mais le tout tombe à plat. C’est bien dommage mais il faut l’admettre, on peut même se demander ce que ce film fait en Sélection officielle, tant les autres films vus jusqu’ici sont de (très) grande qualité.

Se Rokh (Trois visages) de Jafar Panahi

Se Rokh (Trois visages) est donc un film réalisé par un homme, Jafar Panahi. Réalisant des films depuis plus de vingt ans (Le ballon blanc en 1995 avait d’ailleurs gagné la Caméra d’Or à Cannes), il avait été assistant réalisateur sur Au travers des oliviers, réalisé en 1993 par son mentor : le maître du cinéma iranien, l’immense Abbas Kiarostami, décédé en 2016.

Panahi, dont quasiment tous les films ont été primés en Festival : Léopard d’or à Locarno pour Le Miroir en 1997 ; Lion d’or à Venise pour Le Cercle en 2000 ; Prix du Jury Un certain regard à Cannes pour Sang et or en 2003 ; Ours d’Argent du Festival de Berlin pour Hors-jeu en 2006 et en 2013 pour Pardé ; Ours d’or pour Taxi Téhéran en 2015…

Jafar Panahi dans

Jafar Panahi dans “Taxi Téhéran”, en 2015 – © Jafar Panahi / Film Productions Stars Jafar Panahi

Panahi, qui ne peut plus quitter l’Iran depuis 2010, car ses films dérangeaient (ou dérangent toujours) le régime politique iranien. Il a même été condamné à 6 ans de prison (toujours en 2010). Il est également visé par une interdiction de travailler (qu’il contourne miraculeusement). Bref c’est l’un des artistes les plus importants du XXIe siècle.

Se Rokh (Trois Visages) est un film splendide, majeur et fondamental (rien que ça), avec un dispositif très “kiarostamien” : nous sommes dans une voiture pendant la moitié du film, nous traversons un village éloigné de Téhéran et de sa pseudo-modernité, nous avons un lien avec la nature qui est tantôt saboté par la culture et sublimé par les hommes et les femmes…

La chaise laissée vacante par Jafar Panahi a retenu l’attention lors de la conférence de presse menée par l’équipe de son film Trois visages. - Laurent Emmanuel / AFP

La chaise laissée vacante par Jafar Panahi a retenu l’attention lors de la conférence de presse menée par l’équipe de son film “Trois visages”. – © Laurent Emmanuel / AFP

La jeune Maedeh, qui veut devenir comédienne mais qui se heurte à sa famille, à son village qui la trouve écervelée et ne veut surtout pas qu’elle devienne une saltimbanque, demande de l’aide à Behnaz Jafari, vedette de la télévision iranienne et actrice appréciée dans tout le pays, adulée jusqu’au fin fond de ces montagnes du Nord-Ouest… Il faudra attendre le dernier tiers du film pour qu’apparaissent, jamais directement à l’écran, une troisième actrice – plus âgée – venue s’isoler, telle un ermite dans ce fameux village.

Le film nous éblouit et nous prouve qu’à travers ses trois protagonistes féminins et à travers lui-même, à la fois acteur et réalisateur, Panahi fait une ode aux femmes, au féminisme, à la féminité. Il prouve, s’il y avait besoin de le faire, que les hommes peuvent faire des films qui tentent de changer la place des femmes dans la société. Certes, Bergman, Antonioni, Fassbinder ou encore Pasolini nous l’avaient déjà prouvé à travers leurs œuvres inoubliables.

Donc, oui, Groucho Marx avait raison : « les hommes sont des femmes comme les autres » et ce n’est pas parce que l’on est une femme que l’on rendra mieux ou moins bien hommage aux injustices évidentes que subit la moitié de la population mondiale.

Merci Jafar et surtout continue ton/le combat !